Au nom de la démocratie
Au nom de la démocratie
J’écoutais sur Blast une interview de Acrimed, qui parlait des médias (évidemment).
Au détour d’extraits d’emissions, on voyait une vielle interview où un “journaliste” disait en somme que:
- Dans une grêve, ne peuvent participer que les personnes concernées (ex: sur la réforme du bac, que les étudiants, etc…).
- Dans une démocratie, si on est moins que 50% à faire grêve, on est en tort, et on la ferme sans quoi on est des fascistes.
Les deux affirmations sont absurdes. Elles me rappellent un peu les lois de Azimov, ou des sophismes bien construits qui ne mènent nulle part.
Une telle sortie a-t-elle décrédibilisé le journaliste ? Le journal ? On ne dirait pas.
La démocratie dans tout ça
A Diagonale, on aime bien prendre nos adversaires au mot. Voici donc quelques contrarguments qui peuvent servir si un tel discours vous est servi.
- C’est un plaisir d’entrendre la droite parler de démocratie. Elle qui jadis écrasait la révolution, se rangeait du côté du Roi.
- Est-ce que si la gauche remporte des élections, vous vous engagez solemnement à la soutenir, comme vous le faites avec le gouvernement actuel, au nom de la démocratie ?
- Lorsque des sondages montrent une population qui à plus de 80% est d’accord sur un sujet, mais un gouvernement qui fait la sourde oreille, êtes vous toujours du côté de la démocratie ?
- Puisque vous êtes favorable à la démocratie, soutenez-vous les mesures suivantes, qui sont clairement démocratiques ?
- Est-ce que vous pourriez définir ce que vous entendez par “démocratie” ? (je détaille ce point plus loin)
Je suis étonné du fait que, invités sur les plateaux, des personnalités de gauche ne posent pas ces questions. Elles sont pourtant évidemment difficiles à gérer pour l’adversaire.
Quelques mesures démocratiques
- Mettre en oeuvre le RIC, demandé par les Gilets Jaunes, qui permet de déstituer des élus jugés insatisfaisants par la population.
- Remplacer les Sénateurs par une assemblée de citoyens tirés au sort, payés comme des Sénateurs, avec le même rôle (après tout, quoi de plus représentatif de la population ?).
- Socialiser les médias. Ceux-ci constituent un pouvoir politique, et ils doivent donc être directement financés par la population. Chaque citoyens cotise (obligatoirement) 300€ par an, et choisit à quel(s) médias il veut les verser, répartissant ainsi les ressources médiatiques de manière démocratique.
Je m’arrête là. On pourrait en sortir des dizaines.
J’espère qu’un jour une personne de gauche ira sur ce terrain, et que ça permettra de mettre la droite (qui a toujours été antidémocratique), en difficulté.
Définir la démocratie (le sujet relou)
Avant de finir, je voudrais juste vous partager quelques faits sur le mot démocratie.
Limites de la définition actuelle
- Jusqu’il y a peu (max 300 ans), il était utilisé pour décrire le CONTRAIRE d’un régime basé sur les élections.
- Les racines du mot sont Démokratia, qui signifie “pouvoir du peuple”. Est-ce que dans notre société actuelle, le pouvoir est exercé par le peuple ?
- Les élus ont tous les pouvoirs, et ne sont ni tenus de respecter un programme, ni sujets à un RIC s’ils déçoivent. Ils sont donc au-dessus de nous.
- Il est étonnant de remarquer la rareté des referundums dans notre société. Pourquoi les elus ne nous demandent pas notre avis sur des trucs ?
D’autres définitions existent
- A mon avis, la démocratie est un pouvoir exercé par le peuple, ce qui nécessite obligatoirement (1) soit un tirage au sort des élus, (2) soit une démocratie directe, où le peuple vote directement les lois.
- Chez Jacques Rancière, on a une approche plus libre. Il parle du fait que quand la population remet en cause le fonctionnement de la société, en débordant le cadre institutionnel habituel, on est en démocratie. La démocratie est alors la mise en mouvement politique de celles et ceux qui, normalement, en sont exclus.
- Pour Barbara Stiegler, la démocratie s’inscrit dans la poursuite de la révolution Française. Elle parle d’une “hypothèse démocratique”, qui postule la possibilité pour le peuple de décider de son destin. Critiquant l’isoloir, elle met en avant les discussions entre les citoyens comme une pierre angulaire de la démocratie (délibération).
Ces définitions ne sont pas les mêmes, mais chacune vient contredire la définition bourgeoise du mot.
Retenez ceci: toute personne qui vous dit vote = démocratie s’appuie sur un dévoiement très récent du mot démocratie. C’est du pipeau.